QUATRE TEMPS
Quand
jai été invitée par Jonas Stampe et Nadia Capitaine
à participer au Festival de Performance InfrAction à
Sete, javais déjà réalisé des oeuvres
avec de la terre et de leau ainsi quavec du feu et de lair.
Cependant, je navais pas encore pense à lidée
de travailler les quatre éléments sur la même toile.
Jai tout dabord songé à me servir de leau
du canal de Sète. Comme javais déjà développé
un travail rapide en utilisant des kimonos dans les lits des rivières,
je savais que seule une toile extrêmement résistante pourrait
supporter la corrosion de leau salée.
De ce fait, jai acheté une toile synthétique de 3m
x 1,5m.
Cependant les autorités locales se sont opposées à
lidée que je laisse la toile exposée pendant le festival
dans leau sur des filets de pêche.
Jétais sur le Chemin de Saint Jacques quand jai appris
cette décision et cest alors, que lidée de travailler
sur les quatre élements mest venue à lesprit
je me dédierais à un élement par jour..
Javais envie que le lieu imprègne le travail de ses impressions
et puisque Sète est un port, javais envie de développer
un mariage avec leau de mer. Jai ainsi décidé,
au premier jour du Festival, de composer le tableau en me servant des
vagues. Le deuxième jour, jai dessiné avec le feu
des bougies. Le troisième jour, jai enlevé les excès
à laidé du vent et le quatrième jour, jai
enterré ma toile pour une année.
Bien que jaie auparavant fait quelques expériences en utilisant
les quatre éléments, jétais plus habituée
à la terre. Dans les Pyrénées, la terre a laissé
ses marques de façon subtile, les quatre saisons ont impregné
la toile petit à petit. Par contre, en Amazonie, cette forêt
indéchiffrable, la terre a envahi les tableaux.
Dans mon travail des Quatre Saisons, jai privilégié
le temps de la terre. Jai enterré la plupart de mes toiles
dans des forêts mais jai également fait lexpérience
de travailler avec les autres élements en laissant, par exemple,
une toile dans le lit dune rivière et une autre exposée
sur le tronc dun arbre.
Il y a eu des tableaux enterrés en Amazonie qui ont été
laissés dans la terre mais comme il y a eu une crue, ils ont été
totalement inondés pendant plus de huit mois. Les tableaux se sont
complètement transformés pendant ce mariage.
Jai appris quavec lélément eau les résultats
sont beaucoup plus imprévisibles quavec la terre. Les kimonos
laissés dans les lits des rivières, par exemple, ont entièrement
disparus, soit emportés par leau soit dévorés
par la rivière.
Le temps de leau est le temps de loubli.
LE TEMPS DE LEAU
En arrivant à Sète, javais juste travaillé
avec les eaux de rivières, jamais avec la mer. Avant de parcourir
un nouveau chemin, nous avons toujours la tendance à faire des
projets. Comme si nous pouvions vraiment prévoir comment les choses
se passeront.
Avant daller à Sete, javais déjà preparé
la toile en minspirant dune technique japonaise pour teindre
des tissus. Elle consiste à attacher des sacs en tissu contenant
des pigments et de laisser le passage de leau de la rivière
réaliser le travail de teinture. Jai decidé de coudre
sur la toile
des feuilles darbre squéletisées deux
à deux comme si elles formaient une petite pochette. Au bord de
leau, javais lintention dy laisser les pigments
et attendre que les vagues dessinent la toile.
Cependant, ce que je navais pas prévu était la marée
haute jai dû sauter un muret et descendre jusquà
la mer par les rochers. Il ny avait quune petite parcelle
de sable protegée par deux blocs de pierres. Les vagues y étaient
puissantes et jai commencé à mettre du pigment dans
les feuilles et fait le constat que la mer emportait tout lavant ainsi
la toile. Jai alors compris que mon plan initial, celui où
les vagues dessinaraient la toile, était impossible.
Cest à ce moment que jai commencé mon combat
en tenant la toile en essayant dy fixer du pigment. Cétait
comme si rien autour nexistait, mais seulement la mer, la toile
et moi.
Jai commencé à jeter les pigments directement sur
la toile sans me servir de petites pochettes de feuilles mais la mer arrivait
trop vite ne laissant quun leger vestige de couleurs.
Comme javais des pigments en bâtonnet, je men suis
servie pour dessiner et cest alors que les effets sont apparus.
Ensuite, jai fixé la toile sur les rochers et jai commencé
à me servir du pigment comme un tampon.
Jai vu la toile se transformer et à un moment donné,
jai ressenti le besoin darrêter: la toile devait se
reposer.
Je lai déplacée à un endroit plus élevé
loin des vagues et je my suis assise. Jai alors ressenti notre
union: la mer, la toile et moi. Jai contemplé lhorizon
pendant quinze minutes et à six heures jai fait mes prières.
LE CHEMIN DE LEAU EST LE FEU
À onze heures le lendemain matin, on ma emmenée au
sommet du Mont St. Clair à cote de la Chapelle de la Notre Dame
de Salete. Cétait là-haut que jai eu ma première
expérience avec du feu.
Après en avoir parlé au prêtre, il ma ouvert
la grille du terrain attenant à la chapelle où jai
posé la toile sur le sol, jai alors allumé des bougies
et commencé à travailler.
Tout au début, le feu est tombé en faisant deux trous sur
la toile et je me suis aperçue que cela nétait pas
le chemin. Je me suis concentrée et peu à peu la comunion
avec le feu sest établie.
Au contraire de la mer qui ma exigé une bataille extérieure,
le feu ma emmenée vers le retrait.
Les gouttes de cire des bougies pleuraient laissant leurs marques en silence.
Jai aperçu quil y avait de grandes pierres sur le chemin
et jai posé la toile sur un grand rocher et laissé
les goutes couler en faisant leur chemin. Ensuite, je les ai laissés
couler sur la toile et ces doigts de feu ont brulé quelque temps.
Je priais pendant que je travaillais et le feu dansait devant mes yeux
mapportant des souvenirs.
Je connaissais limage de la Notre Dame de la Salete depuis mon enfance.
Limage de cette sainte assise, les mains couvrant son visage mintriguait.
Un jour, jai demande à ma mère pourquoi la sainte
pleurait et elle ma expliqué que Notre Dame de Salete pleure
pour les personnes tristes qui vivent sur la terre.
Au sommet du Mont St Clair, dans la cratère de ce vieux volcan,
jai vu Notre Dame pleurant des larmes de feu sur ma toile.
LA PLUIE APPORTE DES CHOSES DE LAIR
Le troisième jour, jai dû composer avec de lair.
Je men étais déjà servie en laissant une toile
couverte attachée à un arbre dans les Pyrénées
et une autre sur un arbre en Amazonie.
Cette fois-ci, je navais quune heure pour en composer.
En arrivant à latrium de léglise de St Louis,
au dessous de la Vierge couronnée, jai été
reçue par un vent très fort. La toile suspendue à
une petite corde senvolait comme un tissu très fin.
Jai remarqué à ce moment là que le travail
avec de lair avait comme but enlever les excès.
Cétait dur à le comprendre. Je priais, je disais des
mots insensés et je chantais des mantras soufflant mon air sur
la toile. En y jettant mon air intérieur, je sentais que jenlevais
mon excès et cela me rendait plus pure.
À la fin, jai pris la toile, je la tapais vers le sol, je
la brandissais dans lair comme un étandard. Javais
envie que lair y penètre et que la toile découvre
des nouvelles formes.. le nécessaire sest révélé
parce que jai perdu la peur de labîmer.
LA TERRE: LE REPÔS ET LA RESSURECTION
Jai pensé que le travail de la terre serait plus tranquille
parce que je my connaisssais bien. Javais pris la pioche et
la pelle: tout ce que javais à faire était de creuser
la terre, enterrer la toile et la recouvrir de terre.
Je suis retournée sur le terrain attenant à la chapelle
de la Notre Dame de Salete, où javais travaillé avec
du feu. Cétait dimanche et tout mon travail commencerait
après la messe de neuf heures et demie.
Um imprévu: une matinée pleine de pluie. La ville de Sète
était en alerte de vents très forts et la mer très
violente. Quand nous sommes arrivés au sommet du Mont St Clair,
il pleuvait des cordes! Il y avait neuf personnes: Joe, Laurence, Paula,
un couple, un père et son petit fils (pelle en plastique à
la main pour maider), Jean Jacques et moi.
Le vent et la pluie tombaient fortement mais je savais que cela ferait
du bien à mon âme. Tout le monde ma aidé pour
que tout se finisse vite. Nous devions creuser un trou dune profonfeur
de trois mètres sur un terrain plein de pierres. Au moment où
nous avons commencé à creuser, la pluie sest affaiblie
un peu et cela nous a permis de travailler. La terre est dure, les outils
sont très lourds: le temps de la terre est un temps exigeant la
force et le soin du travailleur. Nous avons beaucoup travaillé
pour obtenir le trou et planter la toile. Juste au moment où nous
finissions, la pluie a recommencé fortement. Nous avons vite terminé
et nous nous sommes abrités sous une couverture, entièrement
trempés. Nous avons pris congé avec beaucoup damour
mais aussi très pressés car la pluie était três
forte.
Jai laissé sur ce terrain mouillé, ma toile pour
une année. Mon projet est de la récupérer au prochain
Festival de Performance. Je verrai ainsi comment la terre de la Chapelle
de la Notre Dame de Salete aura traité ma toile qui est née
de leau, du feu et de lair.
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| Quatre Temps - Projet en développement |
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