Home
accueil
expositions
publications
oeuvres signées
fonds d'écran
l´artiste

agenda
Galerie
contact
presse

Œuvres

- Saint Jacques de Compostelle
Automne 2008
Printemps 2008
Automne 2007
Printemps 2007
Hiver 2007
Été 2006
- Sète
- St. Moritz 2008
- Le Chemin de Kumano
Nov/Décembre 2009
Février 2009

Saint-Jacques-de-Compostelle

Chemin de saint JacquesPremière étape

Saint-Jean-Pied-de-Port / Puente la Reina

Je suis revenue sur le chemin que j'avais parcouru voici seize ans. Chemin d'étoiles qui m'a conduite par les forêts, les plaines, les rivières et les églises jusqu'à Saint-Jacques-de-Compostelle.

J'ai décidé de revenir à lui avec mes toiles parce que je voulais que mon travail retourne à la naissance de leur spiritualité, aux pierres foulées pendant des siècles de pèlerinage, aux plaines inondées par la foi...

Premier jour sur le Chemin  : Saint-Jean-Pied-de-Port, la dernière ville avant la montée jusqu'au col de Roncevaux. Nous sommes arrivées, ma nièce et moi, le soir du 5 septembre, pour rencontrer le jour suivant Acácio et Orietta, nos amis hospitaliers sur le chemin de Saint-Jacques. Ils nous ont aidé non seulement à « planter » mes toiles dans le sol sacré mais ils nous ont aussi guidées par les histoires et légendes racontées.

Dans cette ville-frontière, irisée dans les montagnes des Pyrénées, nous avons décidé de marcher dans les pas des pèlerins, hommes et femmes qui, à chaque pas, découvraient les cieux et traversaient des portails. Nous entrions ainsi par la porte de Santiago qui nous menait jusqu'à l'église de Notre Dame de la Fin du Pont.

J'ai voulu me recueillir en un jour ensoleillé avec mes amis avant de prendre mes toiles, partiellement peintes, en haut des montagnes. Je voulais les terminer dans les montagnes parce que je savais que ce serait dans les hauteurs que je recevrai l'inspiration.

Nous sommes montés dans les Pyrénées par le chemin le plus difficile, et par conséquent, nous avions une vue merveilleuse de toute la vallée. Nous avons eu la chance de voir un spectacle rare  : le soleil, de toute sa splendeur, baignait de lumière les montagnes qui normalement étaient toujours recouvertes de nuages. Nous avons vu ainsi les montagnes nues, offrant leurs formes arrondies et sensuelles au ciel d'un azur profond.

Nous sommes arrivés au point le plus élevé et là, dans une mer de pierres nous avons découvert une Vierge avec l'enfant Jésus les bras ouverts. J'ai choisi ce lieu que les pèlerins appellent « la main qui touche le ciel ». La raison en est simple  : dans ces hauteurs les pèlerins, après avoir grimpé les chemins abrupts des montagnes, ont l'impression de toucher les cieux.

Emporter mon travail pour les fleurs et les montagnes n'est pas gratuit  : mon travail est pérégrin, il sort des quatre murs de l'atelier et le chemin de Saint-Jacques est le meilleur endroit pour lui. Je pensais toujours au Chemin quand j'ai commencé à poser mes toiles dans les terres lointaines de l'Inde ou dans les forêts vierges de l'Amazonie. À présent l'énergie de cette terre va inscrire ses marques, visibles et invisibles, sur mes toiles.

J'ai pris quatre toiles d'une série que j'ai développée il y a quelque temps déjà, inspirée par des cartes téléphoniques. Les symboles de la bouche et du cœur embrassaient déjà d'autres continents et je voulais qu'ils imprègnent le Chemin. Pourtant, cette fois-ci, les symboles du Chemin viendraient les compléter  : j'ai ainsi dessiné une série de coquilles, symbole du chemin. J'ai utilisé une coquille, que j'ai achetée à Saint-Jean-Pied-de-Port, comme sceau. Dans un autre tableau, j'ai dessiné une silhouette de coquille, et dans une troisième j'ai directement collé une coquille dorée. Dans la quatrième et dernière toile j'ai décidé qu'elle serait consacrée à la Vierge, à l'énergie féminine qui m'a toujours guidée dans mon cœur. Je me suis rendu compte, en dessinant, que la Vierge, la Déesse, est omniprésente, même si le chemin est essentiellement masculin, un chemin rigoureux qui impose au rêveur le destin de ses rêves. J'ai fait ainsi une couronne azur et je l'ai utilisée un peu dorée pour représenter la Voie lactée, voûte de lumière qui a toujours orienté les pèlerins.

En ce lieu de prière et de contemplation, j'ai fixé mes premiers travaux sur le Chemin, travaux qui embrassent les cieux.

Nous sommes descendus des montagnes en direction de la frontière espagnole, à Roncevaux. Nous avons vu une multitude, quelque chose hors du commun, et nous avons appris qu'il s'agissait du jour de Notre Dame de Roncevaux.

Je voulais aussi placer mes travaux en ce lieu, qui me parlait tant depuis mon premier pèlerinage. Quelle joie de visiter la croix de l'église de Roncevaux, qui en réalité est un bâton de pèlerin transformé en croix!

Sur le chemin qui mène à Burguete, à trois-cent mètres au sud de Roncevaux, nous nous sommes arrêtés en face de la Croix du Pèlerin, une croix de pierre du XIVe siècle ornée d'une image de la Vierge. Ici, dans la forêt, j'ai ressenti une forte présence qui me disait que dans les lits de feuilles mes travaux pourraient être plantés.

J'ai choisi quatre autres bouches que j'ai complétées avec la Croix de saint Jacques, symbole guerrier qui allie la croix à l'épée. Le vent nous apportait la lente sonnerie des cloches de Notre Dame de Roncevaux.

Nous avons prié et de là nous sommes allés en direction de Puente la Reina, en Navarre, où tous les chemins de saint Jacques se rejoignent.

Nous sommes arrivés à l'hôtel « El Peregrino », nous avons prix notre bain plus que mérité, et nous avons discuté avec notre ami hospitalier Angelo qui met sa galerie à ma disposition afin que j'expose mes travaux l'année prochaine pour les pèlerins.


Chemin de saint Jacques Deuxième étape

Pamplune / Puente la Reina

Sur le chemin de l’Hôtel El Peregrino, Acácio et Orietta ont voulu que je visite l'église Sainte-Marie-d’Eunate, une chapelle templière du XIIe siècle située hors du Chemin de Saint-Jacques. Lors de mon pèlerinage, en 1990, je n’y étais pas passée car quelque chose m’éloignait du chemin et je n'avais pas encore cette idée en tête.

Acácio me dit que ce lieu est l’un des plus magiques d'Espagne et c'est ainsi que le pouvoir de ses histoires m’a guidée à travers les plaines inondées de soleil.

En arrivant à la chapelle, après avoir parcouru plusieurs kilomètres depuis Saint-Jean-Pied-de-Port et avoir enfoui plusieurs tableaux, j’ai aperçu une construction, humble mais somptueuse. La nuit tombait et le soleil s’inclinant derrière les montagnes baignait tout de son manteau doré.

Eunate qui signifie « cent portes » mais aussi « la bonne porte » se révélait intrépide dans cet après-midi clair.

Des histoires racontent que ce lieu est un lieu d’initiation où des hommes et des femmes assoiffés de spiritualité font cent fois le tour de la construction octogonale à la recherche du portail qui les conduira vers le surnaturel.

Acácio me dit que l’un des côtés de la chapelle est féminin et l’autre masculin. Orietta ajouta que ses arches auraient pu être parfaites mais ne le sont pas pour une raison très simple : les architectes templiers, par humilité, ont décidé de ne pas concurrencer la perfection des cieux.

Nous avons fait le tour de la chapelle et j’ai remarqué que mes deux amis ont commencé à ralentir leur marche. Acácio recherchait le meilleur emplacement pour enfouir mes toiles. Je lui ai demandé pourquoi il marchait si doucement et il m’a répondu que grâce à la géométrie sacrée, il est possible d'apercevoir dans l’air les courants des eaux souterraines. Il recherchait ainsi le passage des eaux où mes toiles pourraient être enfouies.

J'avais envie d’y laisser un de mes travaux, mais je me suis alors rendu compte que je n’avais plus de toiles ; je devais me résigner à ne rien y laisser. Pourtant, je sais que l’année prochaine, pour la récupération de mes tableaux, je passerai par Eunate et je reviendrai munie d’un tableau dédié à cette Vierge énigmatique.

Nous avons pris la voiture et sommes rentrés à l’hôtel El Peregrino où j’ai rencontré Angelo, le patron, pour lui parler de mon travail.

En arrivant à ce très bel hôtel tenu avec amour par lui et sa famille, je lui ai exposé mon projet.

« Pour cette première étape, j'enfouis 27 toiles entre Saint-Jean-Pied-de-Port et la ville de Castrojeriz en Castille et León. L’année prochaine, en avril, je reviendrai les chercher et j’en enfouirai d’autres depuis Burgos jusqu’à Compostelle. J’aimerais qu’à partir de mai 2007, les toiles de ce premier projet soient exposées à la galerie de votre hôtel pour que ceux qui font le chemin puissent voir mon travail pérégrin. Je vais aussi présenter un DVD qui montre mes techniques de travail car je crois absolument que ceux qui marchent sur le chemin sacré pourront comprendre mon intention et partageront ma vision ».

Angelo a beaucoup apprécié tout ce que je lui ai dit et a accepté d'accueillir le projet dans sa galerie pendant les deux prochaines années. C'est une bénédiction car j’avais besoin de trouver un lieu sur le Chemin où pouvoir exposer mes toiles. Cette rencontre m’a rappelé l’un des enseignements du Chemin: « Ayez toujours un but pour qu’il guide vos pas... »

Le lendemain, nous sommes partis vers el Alto del Perdón (La Hauteur du Pardon) entre Pamplune et Puente la Reina. Dans cet après-midi de nuages chargés, je me suis rappelé un après-midi éblouissant de 1990. Je venais d’arriver en haut de cette montagne quand j’ai vu un pèlerin basque assis, vêtu entièrement en bleu et portant un chapeau de paille. Il contemplait ce paysage formé de tons allant du jaune au marron décoré de buissons verts. J’ai fait une photo de lui dans ce décor aride et plus tard, elle a donné naissance à mon premier tableau du Chemin. Je l’ai offert au pèlerin Théo et à sa femme Juanita comme symbole de notre amitié.

Après m’être immergée dans ce souvenir, je suis revenue à cet après-midi gris là-haut sur el Alto del Perdón. Selon une légende, le diable y demeurerait assis en essayant de séduire les pèlerins de passage : il leur offrirait de l’eau en échange de leur foi. Pourtant le bon pèlerin suit le chemin et reçoit le pardon de Dieu.

Par hasard, j’avais sur moi deux peintures faites à l'eau. Ces tableaux ont, en particulier, été inspirés de kimonos que j’avais installés dans le Gave de Pau, rivière sacrée qui passe par la grotte de Lourdes. Sur eux, j’ai dessiné des flèches dorées, symbole du chemin.

Ces peintures ont été enterrées dans le lit de la source. Orietta s’est étonné que j’aie envie de laisser mes tableaux là ou le démon tentait les passants. J’ai alors ressenti qu’un travail qui avait séjourné dans les eaux sacrées de Lourdes ne risquerait rien et pourrait revenir à son élément de départ.

Quand nous avons terminé d'enfouir mes tableaux, les lourds nuages se sont écroulés du ciel portant des éclairs et du tonnerre. Je me suis rendu compte qu’il y avait une synchronicité incroyable : Je venais d’apporter de l’eau au pied de la montagne par où coulaient les rivières souterraines. De cette rencontre d’eau naissait la pluie.

Le lendemain, déjà le jour du départ, j’ai laissé dans les jardins de l’Hôtel El Peregrino une toile d’une bouche et le symbole de la Médaille Miraculeuse. Acácio m’a dit qu’en installant une œuvre là ou j’exposerais mes toiles, j’installais un cycle créant un égrégore. J’ai demandé un coup de main à Acácio qui en voyant le tableau m’a demandé quel était ce symbole qui ressemblait à une signature. Je lui ai répondu que c’était le symbole de la Médaille Miraculeuse qui avait été annoncé par Notre Dame à une sœur française, Catherine Labouré.

Nous avons choisi un endroit dans le jardin près d’une image de la Vierge Marie, cachée par Angelo, et nous y avons planté la douzième toile.

Avant de partir pour Santo Domingo de la Calzada, il nous a invitées à déjeuner, ma nièce et moi, et il m’a offert un blason rond en bois avec les symboles de Marie la Couronnée.

Encore une fois, j’ai noté la coïncidence des symboles et j’ai ressenti avec toute ma foi que le Chemin était avec moi.

Chemin de Saint JacquesTROISIÈME ÉTAPE

STO DOMINGO DE LA CALZADA, VILORIA DE RIOJA, CASTROJERIZ

Lorsque nous sommes arrivés à Santo Domingo de la Calzada, l’église était encore ouverte. Surprise pour nous car il était déjà huit heures du soir ! Quand nous y sommes entrés, un missionnaire, qui avait vécu en Afrique, faisait un beau sermon où il rappelait aux fidèles la mission de l’Église qui a toujours été celle d’aller vers autrui en construisant des ponts entre les cultures. Cela m’a beaucoup inspirée car j’y apercevais un rapport avec mon travail : un travail pérégrin qui quitte les murs d’un atelier pour aller retrouver la nature, un travail partant vers l’inconnu et qui n’est jamais le même.

Acácio, Orietta et moi avons raconté à ma nièce Paula, ici lors de son premier séjour à Santo Domingo de la Calzada, la raison pour laquelle il y avait une poule et un coq blancs dans le poulailler de l’église. Cette histoire, je l’ai décrite sur le tableau que j’ai installé le lendemain près du pont construit par saint Dominique.

La légende raconte qu’un couple de pèlerins allemands et leur fils s’arrêtèrent à une maison à Santo Domingo pour s’y reposer. La fille des patrons tomba amoureuse du jeune homme qui ne répondit pas à son amour. Par vengeance, la jeune fille décida de cacher un objet en argent dans les affaires du jeune homme. Lorsqu’on le découvrit, le jeune homme fut amené à la justice, arrêté et condamné à mort. Ses parents étaient désespérés mais, constatant que le jeune homme vivait encore malgré la pendaison ils en parlèrent au maire du village. Celui-ci déjeunait et en écoutant leur histoire déclara que le jeune homme était aussi vivant que la poule et le coq sur son assiette. Aussitôt, le coq se mit à chanter et la poule s’envola. Tous les trois partirent rejoindre le jeune homme et le retrouvèrent bien vivant car saint Dominique et la Vierge Marie le tenaient par les pieds.

Le lendemain, nous sommes partis à Viloria de Rioja, la ville où saint Dominique est né et nous avons visité l’auberge d’Orietta et Acácio. J’ai été très émue en arrivant à l’auberge. Nous ressentons que ces hospitaliers reçoivent les pèlerins avec beaucoup d’amour. En arrivant, j’ai vu la photo de Paulo (qui est d’ailleurs le parrain de ce refuge) et une de mes œuvres, une image du portail de Santiago, où les pèlerins posent leur main.

J’ai laissé cinq tableaux à Viloria de Rioja. Le travail bleu que j’avais laissé auparavant au Gave de Pau, un kimono avec des flèches dorées et deux bouches avec des coquilles.

Nous sommes revenues le soir pour le dîner, un souper offert par Orietta et Acácio à tous les pèlerins tous les soirs. Ils veulent ainsi que les pèlerins puissent partager leurs expériences et s’enrichir mutuellement.

Ce contact est nécessaire car les gens sont dans un état spirituel très fort et ils sont capables d’apercevoir des choses qu’ils n’avaient même pas imaginées auparavant. La richesse révélée par les choses les plus simples telles qu’un lit où se coucher, un toit pour s’abriter de la pluie, un repas chaud et une parole amie deviennent essentielles le long du chemin.

Dans mon travail, je revis cette expérience religieuse et magique car plusieurs fois la nature me salue avec de nouveaux mystères. Mes toiles et l’expérience qu’elles m’apportent modifient ma perception du monde de la même façon que le chemin ouvre les yeux du pèlerin vers l’essence du chemin.

Ainsi, nous étions dix-sept personnes au dîner, dans le salon de l’auberge, en vénérant le fait de pouvoir être ensemble après une longue journée tout seul sur le chemin. Acácio et Orietta ont fait une petite prière remerciant les pèlerins d’hier et d’aujourd’hui.

La présence de Paulo était palpable puisque plusieurs pèlerins ont demandé à être photographiés devant sa photo. À ce moment-là, j’ai pensé à tous les pèlerins qui sont passés par ici motivés par son histoire et son expérience, et parmi ces gens-là, moi-même.

Je suis rentrée à l’hôtel avec ma nièce et nous nous sommes endormies : moi, j’ai rêvé d'écroulements (depuis quelques jours, je rêvais de ponts et de maisons s’écroulant) et Paula, pour la première fois, rêvait de son ange.

J’ai dû passer tout le lendemain à préparer une toile pour l'enfouir dans le lit de la rivière traversant Santo Domingo. J’ai peint une grande partie d’une toile en sept tableaux où je décris l’histoire du saint, et j’ai dessiné des coquilles. À la fin de l’après-midi, nous sommes parties installer la toile.

La rivière était totalement sèche et j’ai trouvé dans son lit l’endroit idéal pour enterrer ma toile. Les feuilles mortes baignées par le soleil couchant me donnaient l’impression qu’on était déjà en automne. Cela a été un moment magique où, sans penser à rien, je posais des pierres.

Quand nous avons terminé notre tâche, les hospitaliers sont rentrés à leur refuge et ma nièce et moi, nous avons décidé de marcher un peu au milieu des pierres.

Le soir, Paula et moi sommes sorties au restaurant et nous avons assisté à une scène tragique: le toit d’une maison s’était écroulé et des policiers recherchaient, à la lampe de poche, des survivants sous les débris. J’ai commencé à prier car, depuis des jours, je n’arrêtais pas d’en rêver et là je voyais mon cauchemar se matérialiser face à mes yeux. Le plus énigmatique, c’est que depuis ce jour-là je n’en rêvais plus : c'était comme si le réel se décidait à faire fuir le rêve.

Comme nous avions encore une journée sur cette étape du chemin, j’ai décidé d’aller jusqu’à Castrojeriz, une ville où se trouve une ancienne forteresse en ruines.

J’ai travaillé pour cette étape quatre tableaux contenant les signes du chemin:

La coquille et la croix de saint Jacques

La coquille et la couronne de la Vierge

La coquille et la flèche

La coquille et le cœur de Marie

On s’est arrêté d’abord à San Juan de Ortega, après avoir croisé un berger et ses innombrables moutons. Nous sommes passées par plusieurs champs de tournesols, calcinés par le chaud soleil de l’Espagne. Cette vision me désole toujours parce que ces fleurs qui nous apportent tant y sont abandonnées à leur sort. Je vois en elles un signe : tout ce qui est planté doit être récolté. Je vois que le temps devient notre allié lorsque nous décidons de travailler avec lui en le vivant sans pour autant se laisser abandonner. Je n’aimerais pas que mon travail, planté avec tant d’amour et tant d’histoire, finisse comme ces tristes tournesols, oubliés et aveugles au soleil. Je sais que j’y reviendrai.

En arrivant à San Juan de Ortega, dans cet après-midi gris, j’ai été saluée par une personne connue : le prêtre hospitalier José Maria, qui à 80 ans continue de consacrer sa vie à ceux qui sont à la recherche d’un abri.

Je me suis rappelé que seize ans auparavant, j’y ai mangé une soupe à l’ail préparée par Juanita, une femme basque que j’ai connue sur le chemin et qui fêtait ses noces d’argent avec son mari Théo. Je n’ai jamais oublié cette soupe, car en aidant Juanita à la préparer dans la cuisine, j’ai vu une phrase de sainte Thérèse d’Avila écrite sur le mur: « Au beau milieu des casseroles, on retrouve aussi Dieu ! » . Encore un enseignement du chemin : la vérité se révèle par les choses les plus simples.

J’ai voulu entrer encore une fois dans cette église de style roman de San Juan de Ortega connue pour sa Vierge éclairée à chaque solstice. À ce moment-là, un rayon de soleil traverse une des rosaces de l’église et éclaire le ventre de la vierge. J’ai choisi un lieu derrière l’église pour enfouir le tableau de la coquille et le cœur de Marie.

Sur le chemin de Castrojeriz, nous sommes passées par le couvent en ruines de San Antón, monument gothique du XVe siècle conservant des réminiscences du style roman et aussi refuge pour les pèlerins pendant l’été. Pendant plusieurs siècles, San Antón a servi de péage sur le chemin : les pèlerins devaient y laisser du pain, du vin et de l’argent. Actuellement, il n'en reste que les arcs et la voûte du ciel.

À cet endroit, j’ai laissé le tableau de la coquille et la couronne.

En suivant la rue la plus longue du chemin (à peu près deux kilomètres), on arrive au collège de Sainte Marie del Manzano. De là-haut, on aperçoit l’église de San Juan et ses flancs dominés par les ruines d’un ancien château qui fut disputé par les maures et les Chrétiens aux IXe et Xe siècles.

Parmi les ruines de la forteresse, j’ai décidé de laisser les deux tableaux restants : l’un de la coquille et la croix de saint Jacques et l’autre de la flèche dorée.

Une fois mes tableaux enterrés, j’ai commencé à prendre congé de ces plaines écrasées de soleil. Je n’y reviendrai que dans quelques mois pour planter d’autres tableaux qui suivront le chemin jusqu’à Saint-Jacques



Cliquez sur les images pour les agrandir



retournerhaut de page