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Saint Jacques de Compostelle - projet en développement

Saint James Path Deuxième étape

Pamplona / Puente la Reina

Sur le chemin de l’Hôtel El Peregrino, Acácio et Orietta ont voulu que je visite la Sainte Marie d’Eunate, une chapelle templaire du XIIe siècle située hors le Chemin de Saint Jacques. Lors de mon pélerinage en 1990, je n’y étais pas passée car quelque chose m’éloignait du chemin et cette idée je ne l’avais pas encore en tête.

Acácio m’a dit que ce lieu est l’un des plus magiques en Espagne et ainsi, le pouvoir de ses histoires m’a guidé à travers les plaines envahies de soleil.

En arrivant à la chapelle, après avoir parcouru plusieurs kilomètres depuis Saint Jean Pied-de-Porte et avoir planté plusieurs tableaux, j’ai aperçu une construction humble mais somptueuse. La nuit tombait et le soleil s’inclinant derrière les monts baignait tout avec son manteau doré.

Eunate qui signifie dans le langage cultivé “cent portes” mais aussi “la bonne porte” se révelait intrépide dans cet après midi clair.

Il y a des histoires qui racontent que ce lieu est un lieu d’initiation magique où des hommes et des femmes asssoifés de spiritualité font cent fois le tour de la construction octogonale à la recherche du portail qui les emmmera vers le surnaturel.

Acácio m’a dit que l’un de côtés de la chapelle est féminin et l’autre masculin. Orietta a rajouté que ses arches auraient pu être parfaites mais ne le sont pas par une raison très simple: les architectes templaires, par humblesse, ont decidé de ne pas concurrencer la perfection des cieux.

Nous avons fait un tour autour de la chapelle et j’ai remarqué que mes deux amis ont commencé à ralentir leur marche. Acácio recherchait le meilleur emplacement pour enfoncer mes toiles. Je lui ai demandé pourquoi il marchait si doucement et il m’a répondu que pour la géometrie sacrée, c’est possible que l’on aperçoive dans l’air les courants des eaux souterraines. Il recherchait ainsi les lits des eaux où mes toiles pourraient être plantées.

Bien que j’aie envie d’y laisser un de mes travaux, je me suis rendue compte que je n’avais plus de toiles et je devais me conformer à ne rien y laisser. Pourtant, je sais que l’an prochain lors de ramassage de mes tableaux, je passerai à Eunate et je reviendrai munie d’un tableau dédié à cette Vierge enigmatique.

Nous avons pris la voiture et sommes rentrés à l’hôtel El Peregrino où j’ai rencontré Ângelo, le patron, pour lui parler de mon travail.

En arrivant à ce très bel hôtel soigné avec amour par lui et sa famille, je lui ai exposé mon projet.

“ À cette première étape, j’enfonce 27 toiles entre Saint Jean Pied-de-Port et la ville de Castrojeriz en Castilla Leon. L’année prochaine, en avril, je reviendrai les chercher et j’en planterai d’autres depuis Burgos jusqu’à Compostelle. J’ai donc envie qu’à partir de mai 2007, les toiles de ce premier projet soient vues à la galerie de votre hôtel pour que ceux qui font le chemin puissent voir mon travail pélerin. Je vais aussi exposer un DVD montrant les techniques du travail car je crois absolument que ceux qui marchent sur le chemin sacré pourront comprendre mon intention et ils partageront ma vision”.

Ângelo a apprecié beaucoup tout ce que je lui ai dit et a accepté d’acueillir le projet dans sa galerie pendant les prochaines deux années. Cela est une bénédiction car j’avais besoin de trouver un lieu sur le Chemin où je pouvais exposer mes toiles. Cette rencontre m’a emporté à l’esprit l’un des enseignements du Chemin: “Ayez toujours un but pour qu’il guide vos pas...”

Le lendemain, nous sommes partis vers le “Alto do Perdão” (La Hauteur du Pardon) entre Pamplona et Puente la Reina. Dans cet après-midi de nuages chargés, je me suis rappelée un après-midi éblouissant en 1990. Je venais d’ arriver en haut de cette montagne quand j’ai vu un pélerin basque assis vêtu entièrement en bleu portant un chapeau en paille. Il contemplait ce paysage formé de tons allant du jaune au marron decoré de buissons verts. J’ai fait une photo de lui avec ce décor aride au fond et plus tard, elle a donné naissance à mon premier tableau du Chemin. Je l’ai offert au pélerin Théo et à sa femme Juanita comme symbole de notre amitié.

Après m’être lancée dans ce souvenir, je suis revenue à cet après-midi gris là-haut sur le Alto do Perdão. Selon une légende, le diable y démeurait assis en essayant de séduire les pélerins passants: il leur offrait de l’eau en échange de leur foi. Pourtant le bon pélerin suivait le chemin et recevait le pardon de Dieu.

Par hasard, j’avais sur moi deux tableaux d’eau, inspirés sur une série de quimonos que j’avais plantés dans les rivières. Ces tableaux ont, en particulier, été inspires sur des quimonos que j’avais plantés au Gave de Pau, rivière sacrée qui passe à la grotte de Lourdes. Sur eux, j’ai déssiné des flèches dorées, symbole du chemin.

Ces travaux d’eaux ont été enfoncés dans le sol où coule l’eau de la source. Orietta s’est étonné que j’aie envie de laisser mes tableaux là ou le démon tentait les passants. J’ai alors ressenti qu’un travail qui avait séjourné dans les eaux sacrées de Lourdes ne risquerait rien et pourrait revenir à son élement.

Quand nous avons terminé de planter mes tableaux, les nuages lourdes se sont écroulés du ciel portant des éclairs et des tonnerres. Je me suis rendue compte qu’il y avait une syncronicité incroyable. Je venais d’apporter de l’eau au pied de la montagne par où coulaient les rivières souterraines. De cette rencontre d’eaux naissait la pluie.

Le lendemain, déjà le jour du départ, j’ai laissé dans les jardins de l’Hôtel El Peregrino une toile d’une bouche et le symbole de la Médaille Miraculeuse. Acacio m’a dit qu’en plantant une toile là ou j’exposerais mes toiles, j’installais un cycle créant um éggregore. J’ai demandé un coup de main à Acácio qui en voyant le tabeau m’a demandé quel était ce symbole qui ressemblait à une signature. Je lui ai répondu que c’était le symbole de la Médaille Miraculeuse qui avait été annoncé par la Notre Dame à une soeur française, Catherine Labouré.

Nous avons choisi un lieu dans le jardin près d’une image de la Vierge Marie, cachée par Ângelo, et nous y avons planté la douzième toile.

Avant de quitter pour Santo Domingode la Calzada, il nous a invitées à déjeuner (ma nièce et moi) et il m’a offert un blason rond en bois avec les symboles de Marie la Couronnée.

Encore une fois, j’ai aperçu la coincidence des symboles et j’ai ressenti avec toute ma foi que le Chemin était avec moi.

Caminho de SantiagoTROISIÈME ÉTAPE

STO DOMINGO DE LA CALZADA, VILORIA DE RIOJA, CASTROJERIZ

Lorsque nous sommes arrivés à Santo Domingo de la Calzada, l’église était encore ouverte. Surprise pour nous car il était déjà huit heures du soir! Quand nous y sommes entrés, un missionnaire qui avait vécu en Afrique, faisait un beau sermon où il rappelait aux fidèles la mission de l’église qui a toujours été celle d’aller vers l’autrui en construisant des ponts entre les cultures. Cela m’a beaucoup inspiré car j’y apercevais un rapport avec mon travail: un travail pèlerin qui quitte les murs d’un atelier pour aller retrouver la Nature, un travail partant vers l’inconnu et qui n’est jamais le même.

Acácio, Orietta et moi avons raconté à ma nièce Paula, ici à son premier séjour à Santo Domingo de la Calzada, la raison pour laquelle il y avait une poule et un coq blancs dans le poulailler de l’église. Cette histoire, je l’ai décrite sur le tableau que j’ai installé le lendemain près du pont construit par Saint Domingo.

La légende raconte qu’un couple de pèlerins allemands et leur fils s’arrêtèrent à une maison à Santo Domingo pour s’y reposer. La fille des patrons tomba amoureuse du jeune homme qui ne correspondit pas à son amour. Par vengeance, la jeune fille décida de cacher un objet en argent dans les affaires du jeune homme. Lorsqu’on le découvrit, le jeune homme fut emmené à la justice, arrêté et condamné à mort. Ses parents furent désespérés en constatant que le jeune homme vivait encore malgré la pendaison et parlèrent au maire du village. Celui-ci déjeunait et en écoutant leur histoire déclara que le jeune était aussi vivant que la poule et le coq sur son assiette. Aussitôt, le coq se mit à chanter et la poule s’envola. Tous les trois partirent rejoindre le jeune homme et le retrouvèrent bien vivant car Saint Domingo et la Vierge Marie le tenaient par les pieds.

Le lendemain, nous sommes partis à Viloria de Rioja, la ville où Saint Domingo est né et nous avons visité l’auberge d’Orietta et Acácio. J’ai été très émue en arrivant à l’auberge. Nous ressentons que ces accueillants reçoivent les pèlerins avec beaucoup d’amour. En arrivant, j’ai vu la photo de Paulo (qui est d’ailleurs le parrain de ce refuge) et une de mes oeuvres, une image du portail de Santiago, au-dessus duquel les pèlerins posent leur main.

J’ai laissé cinq tableaux à Veloria de Rioja. Le travail bleu que j’avais laissé auparavant au Gave de Pau, un kimono avec des flèches dorées et deux bouches avec des coquilles.

Nous sommes revenues le soir pour le dîner, un souper offert par Orietta et Acácio à tous

les pèlerins tous les soirs. Ils veulent ainsi que les pèlerins puissent partager leurs expériences et s’enrichir mutuellement.

Ce contact se fait nécessaire car les gens sont sous un état spirituel très fort et ils sont capables d’apercevoir des choses qu’ils n’avaient même pas imaginées auparavant. La richesse révélée par les choses les plus simples telles qu’un lit où se coucher, un toit pour s’abriter de la pluie, un repas chaud et une parole amie deviennent essentielles au long du chemin.

Dans mon travail, je revis cette expérience religieuse et magique car plusieurs fois la Nature me salue avec de nouveaux mystères. Mes toiles et l’expérience qu’elles m’apportent modifient ma perception du monde de la même façon que le chemin ouvre les yeux du pèlerin vers l’essence du chemin.

Ainsi, nous étions dix-sept personnes au dîner, dans le salon de l’auberge, en vénérant le fait de pouvoir être ensemble après une longue journée tout seul sur le chemin. Acácio et Orietta ont fait une petite prière remerciant les pèlerins d’hier et d’aujourd’hui.

La présence de Paulo était palpable puisque plusieurs pèlerins ont demandé à être photographiés devant sa photo. À ce moment-là, j’ai pensé à combien de pèlerins sont passés par ici motivés par son histoire et son expérience et parmi ces gens-là, moi-même.

Je suis rentrée à l’hôtel avec ma nièce et nous nous sommes endormies : moi, j’ai rêvé des écroulements (depuis quelques jours, je rêvais des ponts et des maisons s’écroulant) et Paula, pour la première fois, rêvait de son ange.

J’ai dû passer le lendemain entier à préparer une toile pour être enterré au lit de la rivière traversant Saint Domingo. J’ai peint une grande partie d’une toile de sept tableaux où j’ai décrit l’histoire du saint et j’ai dessiné des coquilles. À la fin de l’après-midi, on est partis planter la toile.

La rivière était totalement sèche et j’ai trouvé à son lit l’endroit idéal pour enterrer ma toile. Les feuilles mortes baignées par le soleil couchant me donnaient l’impression qu’on était déjà en automne. Cela a été un moment magique où, sans penser à rien, j’y posais des pierres.

Quand nous avons terminé notre tâche, les accueillants sont rentrés à leur refuge et moi et ma nièce, nous avons décidé à marcher un peu au milieu des pierres.

Le soir, Paula et moi sommes sorties au restaurant et nous avons témoigné d’une scène tragique: le toit d’une maison s’était écroulé et des policiers recherchaient, à la lampe de poche, des survivants sous les débris. J’ai commencé à prier car, depuis des jours, je n’arrêtais pas d’en rêver et là je voyais mon cauchemar se matérialiser face à mes yeux. Le plus énigmatique, c’est que depuis ce jour-là je n’en rêvais plus: c’est comme si le réel se décidait à faire fuir le rêve.

Comme nous avions encore une journée à cette étape du chemin, j’ai décidé d’aller jusqu’à Castrojeriz, une ville où se trouve une ancienne forteresse en ruines.

J’ai travaillé pour cette étape quatre tableaux contenant les signes du chemin:

La coquille et la croix de Saint Jacques

La coquille et la couronne de la Vierge

La coquille et la flèche

La coquille et le coeur de Marie

On s’est arrêté d’abord à San Juan de Ortega, après avoir croisé un berger et ses innombrables moutons. Nous sommes passées par plusieurs champs de tournesols, calcinés par le soleil chauffant de l’Espagne. Cette vision me rend toujours désolée parce que ces fleurs qui nous apportent tant y sont abandonnées à leur sort. Je vois en elles un signe: tout ce qui est planté doit être recueilli. J’aperçois que le temps devient notre allié lorsque nous décidons de travailler avec lui en le vivant sans pour autant se laisser abandonner. Je n’aimerais pas que mon travail, planté avec tant d’amour et tant d’histoire, finisse comme ces tristes tournesols, oubliés et aveugles au soleil. Je sais que j’y reviendrai.

En arrivant à San Juan de Ortega, dans cet après-midi gris, j’ai été saluée par une personne connue: le prêtre accueillant José Maria qui à 80 ans continue à dédier sa vie à ceux qui sont à la recherche d’un abris.

Je me suis rappelée que seize ans auparavant, j’y ai mangé une soupe à l’ail préparée par Juanita, une femme basque que j’ai connue sur le chemin et qui fêtait ses noces d’argent avec son mari Theo. Je n’ai jamais oublié cette soupe car en aidant Juanita à la préparer dans la cuisine, j’ai vu une phrase de Sainte Thérèse d’Avila écrite sur le mur: “Au plein milieu des casseroles, on retrouve aussi Dieu!” . Encore un enseignement du chemin: la vérité se révèle par les choses les plus simples.

J’ai voulu entrer encore une fois dans cette église au style roman de San Juan de Ortega connue par sa vierge éclairée à chaque solstice. À ce moment-là, un rayon de soleil traverse une des rosaces de l’église et éclaire le ventre de la vierge. J’ai choisi un lieu derrière l’église pour planter le tableau de la coquille et le coeur de Marie.

Sur le chemin de Castrojeriz, nous sommes passées par le couvent en ruines de San Anton, monument gothique du XV ème siècle conservant des réminiscences du style roman et aussi refuge pour les pèlerins pendant l’été. Pendant plusieurs siècles, San Anton a servi de péage sur le chemin: les pèlerins devaient y laisser du pain, du vin et de l’argent. Actuellement, ce qui en reste: les arcs et la voûte du ciel.

À ce lieu, j’ai laissé le tableau de la coquille et la couronne.

En suivant la rue plus longue du chemin (à peu près deux kilomètres), on arrive au collège de la Sainte Marie del Manzano. De là-haut, on aperçoit l’église de San Juan et ses flancs dominés par les ruines d’un ancien château qui fut disputé par les maures et les Chrétiens aux IX ème et X ème siècles.

Parmi les ruines de la forteresse, j’ai décidé laisser les deux tableaux restants: l’un de la coquille et la croix de Saint Jacques et l’autre de la flèche dorée.

Une fois mes tableaux plantés, j’ai commencé à prendre congé de ces plaines foulées par le soleil. Je n’y reviendrai que dans quelques mois pour planter d’autres tableaux qui suivront le chemin jusqu’à Saint Jacques



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